En 1820, dans l’effervescence intellectuelle de l’Italie romantique, Mary Shelley compose deux drames mythologiques qui demeurent, deux siècles plus tard, d’une modernité saisissante. Deux pièces redécouvertes et enfin traduites en français.
Dans Proserpine, l’autrice de Frankenstein revisite le mythe de l’enlèvement aux Enfers avec une audace féministe radicale : sur scène, seules les voix féminines résonnent. Proserpine, Cérès et les nymphes expriment leur douleur et leur révolte face à la violence patriarcale, tandis que Pluton n’est qu’une ombre évoquée à demi-mot. Cette réécriture prophétique interroge le consentement, la violence de genre et le droit des femmes à nommer leur propre souffrance – des questions qui résonnent avec une force particulière aujourd’hui.
Midas, satire poétique et morale, met en scène le roi dont le toucher transforme tout en or. À travers des dialogues ciselés, Shelley oppose divinités masculines et féminines, dénonce les stéréotypes de genre et critique notre rapport au matérialisme. Sous l’apparence d’un conte pour la jeunesse se cache une réflexion universelle sur la vanité et l’aveuglement face à la beauté immatérielle.
Rejetées par les revues de leur temps, ces pièces furent longtemps condamnées au silence. Jamais traduites ni jouées en France, elles révèlent pourtant une Mary Shelley héritière de sa mère, la féministe Mary Wollstonecraft, et porteuse d’une vision progressiste de la littérature comme outil d’émancipation.




